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L’élixir du docteur Hortefeux

jeudi 15 avril 2010, par CDL

Ces dernières semaines ont vu la médiatisation de nombreux drames violents.

A ces drames, Brice Hortefeux n’a apporté qu’une seule réponse : la vidéosurveillance.

Que les caméras n’aient pas empêché ces agressions, c’est parce qu’il n’y en a pas assez. Alors, Brice Hortefeux vous en vend dix de plus. Que les coupables n’aient pas encore été identifiés par les caméras, Brice Hortefeux se charge lui-même des identifications. Que les voyous agissent maintenant le visage masqué, preuve qu’ils n’ont pas peur des caméras et ont déjà trouvé la parade, il n’en parlera pas.

Brice Hortefeux est comme les camelots du Far West allant de ville en ville, vendre de fausses potions miracles. Il nous vend de drames en drames son concentré de vidéosurveillance, soit disant le remède à l’insécurité.

L’élixir du docteur Hortefeux est à comparer à celui de William Bailey, le Radithor créé en 1925.

En effet, ces deux "remèdes miracles" sont assez similaires. Ils sont en effet destinés à être vendus à des population fragilisées par la peur, la peur de l’insécurité dans un cas, la peur de la maladie dans l’autre. De plus, ils se parent tout deux d’une image d’innovation et d’efficacité technologique ne reposant sur aucune étude scientifique sérieuse.

Ils ont aussi des points communs économiques. Ils demandent un minimum d’investissement, sont vendus à un prix maximum. Ils rapportent donc énormément d’argent à leurs fabricants.

Ils se rapprochent également dans leurs effets nocifs. A petite dose, ils sont considérés comme inoffensifs mais en réalité sont mortels par accumulation. Ils s’implantent tout deux insidieusement et le jour où l’on s’aperçoit des effets destructeurs, il est trop tard.

Découvrez ci-dessous l’histoire du Radithor, c’est le futur de la vidéosurveillance. Mais là apparait la grande différence entre les deux produits, les victimes du Radithor étaient ses clients, celles de la vidéosurveillance seront notre république, notre démocratie et nous tous.


Le scandale des potions au radium

Eben Byers meurt le 31 mars 1931, victime d’une maladie mystérieuse qui, pendant 18 mois, a ravagé son organisme, corrodant ses os jusqu’à ce qu’ils se brisent. Sportif, champion de golf et de tir aux pigeons, il dirigeait une entreprise de métallurgie. Il était milliardaire et possédait plusieurs résidences aux États-Unis.

Pourtant lorsqu’il meurt, cet athlète ne pèse plus que 40 kilogrammes et est méconnaissable. Plusieurs opérations destinées à éviter la destruction progressive de ses os l’ont défiguré. Préoccupés, ses amis et parents avaient contacté son médecin pour savoir si cette maladie était contagieuse. Quelques jours après sa mort, le rapport d’autopsie conclut que Byers est mort d’un empoisonnement par le radium.

Comment était-ce possible ? Bien sûr on connaissait ce type de maladie chez les chimistes qui manipulaient le radium ou chez les ouvrières qui utilisaient des peintures phosphorescentes pour dessiner les chiffres sur les cadrans des montres et qui suçaient leur pinceau pour en effiler la pointe. Pourtant jamais Byers n’aurait dû être exposé à cette substance radioactive.

Jamais si, en 1927, il n’était tombé de sa couchette, en rentrant d’une compétition sportive. Lors de sa chute, il se blessa au bras. En dépit des soins qui lui furent prodigués, il continuait à se plaindre de son bras. Après avoir consulté en vain plusieurs médecins, il en interrogea un qui lui conseilla de prendre une " potion magique " que fabriquait le Laboratoire Bailey du radium. Le Radithor était censé soigner plus de 150 maladies "endocrinologiques" les troubles digestifs, l’hypertension artérielle ou encore l’impuissance.

Dés décembre 1927, Byers Commence à boire plusieurs bouteilles de potion par jour. Il prétend qu’il se sent beaucoup mieux, qu’il a même l’impression de rajeunir. Il est tellement satisfait des résultats de la cure qu’il convainc plusieurs personnes de son entourage de consommer le breuvage et qu’il l’administre même à ses chevaux de course.

Entre 1927 et 1931, il consomme entre 1 000 et 1 500 bouteilles, soit environ, comme cela a été évalué ultérieurement, trois fois la dose léthale si elle avait été administrée en une seule prise, l’autopsie confirma que ses os, ses dents et ses tissus était radioactifs. A mesure que l’empoisonnement par le radium se confirmait, toutes les potions à base de produits radioactifs furent retirées des étagères des apothicaires. Pourtant certains, tel le maire de New York d’alors, se sentaient si réconfortés par cette potion qu’ils refusèrent de l’abandonner.

Le cancérologue américain Roger Macklis, de l’Université de Cleveland, a trouvé, par hasard, chez un antiquaire plusieurs bouteilles vides de Radithor. Il pensait que la potion était de l’eau temporairement radioactive, obtenue avec un peu de radium : le radon libéré est un gaz radioactif dont la durée de vie est courte ; vidées depuis 10 ans de leur contenu, les bouteilles ne devaient plus être radioactives. Pourtant, contrairement à ce qu’il croyait, elles l’étaient encore dangereusement ; chacune avait vraisemblablement contenu environ un microcurie de radium 226 et de radium 228.

Intrigué par cette découverte et intéressé par l’histoire de sa discipline, R. Macklis a alors exploré l’épopée du Radithor et de William Bailey, qui le commercialisait.

Eben Byers et William Bailey étaient deux personnages que tout opposait.

La jeunesse dorée et la réussite de Byers contrastait avec l’enfance malheureuse de Bailey, élevé avec ses huit frères et soeurs par leur mère. Il prétendit avoir obtenu un diplôme à Vienne, mais rien ne l’atteste.

Vers 1905, il part pour New York, où il travaille dans l’import-export, puis est mêlé à diverses affaires frauduleuses ; il passe même un mois en prison. Ensuite, il est condamné à une amende pour avoir fait la promotion d’un traitement de l’impuissance dont le principe actif est la strychnine (on sait que 50 milligrammes de cette substance suffisent à entraîner la mort).

C’est alors le début des applications des rayons X : radiographies et traitement des tumeurs. Bailey est bientôt fasciné par les applications des produits radioactifs utilisés à faible dose.

La théorie des traitements "doux" au radium stipule que de faibles doses de produits naturels, associées à l’exercice physique et au soleil, peuvent soigner la plupart des maux. On attribue les pouvoirs de l’eau de certaines sources chaudes à la présence de radium et de radon, et les observations de quelques physiologistes fascinent les esprits : des leucocytes, exposés à de faibles doses de radium, migrent vers la source de radium ; des rats moribonds en raison d’une carence en vitamines retrouvent temporairement leur vigueur lorsqu’ils sont exposés à du radium. On prête deux qualités à cet élément : son pouvoir destructif à haute dose et son effet bénéfique à faible dose.

Il n’en fallait pas plus pour que, vers 1915, fleurissent bonbons, potions, crèmes et onguents radioactifs. Le radium étant un élément élément naturel, tous ces produits sont commercialisés librement, sans demande d’autorisation de mise sur le marché.

Bailey commence à s’intéresser aux effets des produits radioactifs sur l’organisme au début des années 1920 et en devient un ardent promoteur. Il fonde deux sociétés à New York : la Société Thorone (pour "thorium" et "hormones"), qui fabrique des traitements de "tous les troubles métaboliques et glandulaires", et le Laboratoire américain d’endocrinologie qui commercialise des instruments, par exemple un collier plaqué or qui contient du radium et lï qui "rajeunit" la thyroïde, ou une sorte de gaine destinée à irradier les ovaires. En 1924, à une réunion très ’officielle de la Société américaine de chimie, il déclare : "Nous avons vaincu les maladies, le vieillissement et la mort."

En 1925, il fonde le Laboratoire Bailey du radium, qui fabrique et commercialise le Radithor. Cependant cette date marque aussi le début du désenchantement : on signale les premiers cas d’empoisonnement, par le radium, de chimistes et d’ouvrières qui peignaient les montres, mais Bailey ne veut y croire : "Rien ne prouve que le radium soit responsable de leur mort" déclare-t-il au New York Times.

Bailey fait rapidement fortune en achetant du radium purifié au Laboratoire américain du radium, il le met dans de petites bouteilles et y ajoute de l’eau distillée ; il ne lui reste plus qu’à multiplier le prix de revient par 500 et à promouvoir son produit. Il adresse à tous les médecins américains une notice qui le vante et qui est accompagnée de témoignages de patients et, même, de médecins. Il y propose également un rabais de 17 pour cent à tous ses "confrères". Cette pratique qui contribue à l’enrichir est interdite par le gouvernement américain en 1927.

Son commerce prospère, bien que s’accumulent les preuves de la toxicité de quantités, même infimes, de substances radioactives. Plusieurs commissions officielles commencent à mettre en garde les consommateurs. En 1930, une plainte pour publicité mensongère est adressée à Bailey.

C’est à cette époque que Byers commence à se plaindre à son médecin de douleurs, de maux de tête et de dents, à maigrir et à perdre ses dents. Un médecin new-yorkais trouve que les radiographies de Byers et celles des ouvrières qui utilisaient de la peinture au radium se ressemblent beaucoup. Un autre médecin confirme que l’organisme de Byers est en train de se décomposer sous l’action des doses massives de radium ingéré avec le Radithor. Cependant ce diagnostic, que le médecin personnel de Byers refuse, n’est pas rendu public. Une commission, chargée d’enquêter, se rend chez Byers, trop faible pour se déplacer.

En décembre 1931, le Laboratoire Bailey est sommé de cesser ses activités. C’est la fin de l’industrie des traitements doux par le radium. Les Associations médicales saisissent l’occasion pour réclamer une législation plus sévère sur la commercialisation, tant aux Etats-Unis qu’en Europe, des produits contenant des substances radioactives. Aujourd’hui, la commercialisation des produits radioactifs est très réglementée : c’est une conséquence de l’affaire Byers.

Bailey, qui prétendit avoir bu davantage d’eau au radium que quiconque, ne fut pas condamné pour la mort de Byers. Après le scandale, il se mit à écrire des livres sur la politique et la santé. Il mourut d’un cancer de la vessie sans jamais admettre que de faibles doses de substances radioactives sont nocives.

Depuis lors, des cancérologues ont montré que chez les patients ayant absorbé régulièrement de faibles doses de substances radioactives, les concentrations accumulées dans les os varient notablement selon les individus, et que les conséquences dévastatrices d’une même dose ne sont pas les mêmes chez toutes les victimes.

Certaines personnes, sans doute mieux armées, éliminent les substances radioactives ou produisent davantage d’hormones qui les protègent. Bailey lui-même faisait vraisemblablement partie de cette catégorie d’individus.

Aujourd’hui on n’étudie plus les méfaits ou les bienfaits du Radithor, mais on continue à s’intéresser aux conséquences d’une exposition à de faibles doses de substances radioactives ; on voudrait, par exemple, préciser les conséquences physiologiques de l’exposition aux faibles doses de radon libéré dans certaines constructions en granite, ou élucider, pour mieux les maîtriser, les mécanismes qui protègent certaines personnes contre les effets dévastateurs des substances radioactives.

Pour La Science dossier hors-série : Noyaux atomiques et radioactivité, octobre 1996.

Ce flacon a contenu du Radithor, une panacée censée soigner toutes les maladies, des troubles digestifs aux maladies endocriniennes et a l’impuissance. Cette "Eau certifiée radioactive" contenait, comme l’indiquait l’étiquette, "Radium et Mésothorium dans de l’eau distillée trois fois".

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