Il est utilisé prioritairement pour des problèmes de troubles à l’ordre public : ce sont à la fois les faits les plus constatés par les opérateurs sur les images et les faits pour lesquels le centre est le plus sollicité. L’utilisation du dispositif dans l’activité policière quotidienne pour les atteintes aux biens et aux personnes est secondaire.
(...)
Il faut souligner que cette évaluation de l’impact de la vidéosurveillance est très imparfaite, notamment parce qu’en réalité, les secteurs réellement vidéosurveillés représentent moins de 10% de la surface des ilots considérés comme équipés. Une analyse géographique plus fine serait indispensable. Il conviendrait également de regarder, dans le détail, les types de faits qui baissent et si cette baisse peut être expliquée par la présence dissuasive de caméras et non prioritairement par d’autres facteurs. Il est intéressant d’observer par exemple qu’en 2008, le dispositif de vidéosurveillance n’a pas permis de contenir la forte augmentation de vols à la roulotte sur le quartier de Gerland. A l’échelle nationale, une part importante de la diminution de la délinquance de voie publique s’explique par la diminution des atteintes aux véhicules du fait de l’amélioration des dispositifs de sécurité des constructeurs.
(...)
Ainsi, en l’état actuel des données, relier directement l’installation de la
vidéosurveillance et la baisse de la délinquance est pour le moins hasardeux. Si l’on compare, par exemple, l’évolution de la délinquance de voie publique entre Lyon, qui a fortement investi dans ce domaine, et Villeurbanne, où la commune n’a pas souhaité s’y engager, on observe que la baisse est la plus forte dans la commune qui ne bénéficie d’aucune caméra de voie publique. La baisse observée à Lyon (où se déroulent plus de la moitié des faits) est dans la moyenne de celle observée sur l’ensemble de la circonscription de sécurité publique (CSP) de Lyon, alors que celle enregistrée à Villeurbanne est nettement supérieure.
| | 2003 | 2008 | évolution 2003-2008 |
| Lyon |
30 685 |
20 604 |
-33% |
| Villeurbanne |
7 655 |
3 954 |
-48% |
| CSP de Lyon |
55 081 |
36 142 |
-34% |
Le rapport annuel du CSUL mentionne, en conclusion, que « la vidéosurveillance ne constitue qu’un outil dans les stratégies et plans locaux de sécurité élaborés pour chaque territoire appréhendé ».
Cette notion d’outil est sans doute à retenir : le dispositif est utilisé quotidiennement par les services de police, notamment pour des interventions concernant des troubles à la tranquillité ou à l’ordre public qui ne font pas en général l’objet d’enregistrement de plaintes. S’il peut alors apparaître réducteur de juger de la pertinence du dispositif sur les seuls chiffres de la baisse de la délinquance, on peut observer que l’outil est suffisamment coûteux pour qu’une évaluation globale de son intérêt soit entreprise.
Voici ce qu’on peut lire dans le rapport de la cour des comptes. Il confirme :
Que les solutions humaines et sociales aux problèmes d’insécurité sont plus efficace que la vidéosurveillance.
Que la vidéosurveillance ne sert pas à protéger les personnes, ni même leurs biens.
Que le ministère de l’intérieur pratique l’omerta statistique qui permet de camoufler l’échec de la vidéosurveillance aux instances de contrôle démocratique.
Laurent Mucchielli fait une analyse du volet vidéosurveillance de ce rapport sous le titre "La vidéosurveillance coûte très cher et ne sert pas à grand-chose. Confirmation avec la ville de Lyon."
Ce constat est aussi celui de la cour des comptes, exprimé différemment.